Sécurité maritime
En réponse au courrier
du collectif "Mor Glaz" - mer bleue, adressé aux
candidats des élections législatives 2002.
Bonjour,
Vous avez souhaité connaître nos positions sur la sécurité
maritime et c'est avec plaisir que nous répondons à vos
différentes questions sur le sujet.
Plan international
Le développement spectaculaire des immatriculations de navires
dans les paradis fiscaux est l'avatar d'une déréglementation
généralisée dont sont victimes, en premier lieu,
les marins qui naviguent alors dans des conditions déplorables,
au mépris de toute sécurité - des biens comme des
personnes. Il est impératif, face " aux armateurs peu scrupuleux,
aux sociétés de classifications laxistes et aux assureurs
fantaisistes ", de revoir la réglementation européenne d'abord
pour ensuite peser sur l'OMI afin d'harmoniser les règles et d'avoir
les moyens de les faire appliquer.
En premier lieu il faudra assurer l'indépendance des sociétés
de classification.
Plan européen
1) Malheureusement, si la France n'a pas fait évoluer les dossiers
maritimes alors qu'elle en avait l'occasion, c'est qu'elle même
a une position très ambiguë avec notamment la mise en place
du pavillon Kerguelen qui permet d'échapper à la réglementation
du travail en éludant ainsi le problème de la déréglementation
généralisée du secteur. On sait de plus qu'un certain
nombre de commissaires européens sont eux-mêmes armateurs
ou travaillent pour eux. Toute évolution sérieuse passe
par un minimum d'indépendance.
2) Bien évidemment nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir
pour imposer de vraies règles de sécurité maritime
aux pays qui veulent entrer dans la communauté et notamment l'exclusion
de leurs navires hors normes. Cela nécessite toutefois, au préalable,
de renforcer ces règles et les moyens d'accompagnement et de contrôle
vis à vis des pays déjà adhérents comme le
RU, la Grèce et même la France.
3) Le choix français d'écarter Brest comme ville candidate
à l'implantation de l'agence européenne de sécurité
maritime dans notre région est absurde à tout point de vue.
Du point de vue de sa position géographique, Brest, située
au plus près des voies de circulation, est malheureusement au cÏur
du danger. Du point de vue logistique, Brest possède déjà
de nombreux atouts comme les navires de la Marine nationale, plusieurs
remorqueurs dont l'Abeille Flandre - qui intervient si souvent et si efficacement
-, et divers moyens opérationnels.
Du point de vue " matière grise ", Brest possède
la plus grosse concentration de chercheurs liés à la mer
avec Ifremer, le CEDRE, L'institut Polaire, le SHOM, l'IUEM, le CEDEM
... Du point de vue politique, Brest héberge la préfecture
maritime qui, via le Préfet maritime, est investi de tous les pouvoirs
réglementaires de police maritime pour la zone française
de l'Atlantique et de la Manche. Enfin 5 antennes ministérielles
liées au transport ou à la mer sont basées à
Brest. Le choix de Brest relevait donc du simple bon sens. Malheureusement
seules des considérations " politiques " ou plutôt
" politiciennes " , plus proche du marchandage, où les
moins influents perdent, peuvent expliquer le choix de Nantes, ville dirigée
par le peut-être futur ex-président de l'assemblée
nationale.
Plan national
1) L'insuffisance des contrôles (12% seulement contre 25% exigés
par le mémorandum de Paris de 1983) est à relier directement
à l'insuffisance des contrôleurs. Il est donc nécessaire
d'accélérer le recrutement de nouveaux contrôleurs
(une cinquantaine seulement à ce jour). Or 150 contrôleurs
sont aujourd'hui nécessaires pour assurer le seuil de 25% de contrôle.
Le temps de formation indispensable repousse de plusieurs années
le moment où ces contrôleurs seront opérationnels.
D'ici là il est impératif d'engager, sous une forme à
définir, des professionnels anciens naviguants (capitaines, second,
chef mécanicien) mais aussi des professionnels de la construction
et de la réparation navale tant les contrôles nécessitent
des compétences en matière de structures de coques notamment.
2) La construction de ces remorqueurs est évidemment une priorité.
L'Abeille Flandre doit être remplacé auquel il faudrait ajouter
un pour la Manche et un pour le Golfe de Gascogne. Deux sont certes programmés
mais rien ne semble venir. Nous espérons qu''il ne sera pas trop
tard et que d'autres Erika
n'auront pas le temps d'arriver, d'autant que les remorqueurs actuels
sont sous-dimensionnés pour secourir de gros navires notamment
sous des conditions climatiques difficiles.
Les contrats d'affrètement doivent bien sûr au minimum être
harmonisés avec les autres pays européens et portés
à 8 ans. Vous évoquez justement qu'il s'agit d'un service
public. Nous pensons qu'un service public digne de ce nom doit échapper
aux contraintes du marché. Nous souhaitons que l'ensemble de la
sécurité maritime en soit exclu avec comme perspective la
constitution d'un grand service public européen de la mer et de
la sécurité maritime. Dans l'immédiat il serait urgent,
au plan national, de mettre en place un minimum de synergie interministérielle
avec la désignation d'un ministre de tutelle (ministre de la mer
par exemple) pour coordonner l'inspection maritime, les douanes, la gendarmerie
maritime, la marine nationale et l'équipement (phares et balises).
La sécurité maritime n'est pas une mission prioritaire
pour la Marine Nationale et l'absence de navires garde-côtes est
de plus en plus problématique. Harmonisation, mise en synergie
et ligne budgétaire adéquate permettraient de faire un saut
qualitatif dans la protection de nos côtes qui relèvent d'ailleurs,
au sens propre du terme, de la défense nationale.
3) Telle que nous la comprenons cette question renvoie davantage à
la politique économique internationale qui, dans le cadre de la
mondialisation des échanges, empêche les Etats d'avoir une
politique souveraine dans de plus en plus de domaines.
4) Oui bien sûr nous souhaitons, comme dans d'autres domaines,
appliquer le principe de pollueur / payeur et faire payer aux compagnies
de navigation " le règlement des frais de recherche et l'utilisation
de moyens à la mer importants lorsqu'un de leurs navires perd des
containers dangereux au large de nos côtes ". Nous préconisons
d'ailleurs le marquage, lors de l'embarquement, des containers, bidon...
afin de faciliter le contrôle, le repérage et l'identification
des navires.
5) Les armateurs qui abandonnent leurs navires et leurs équipages
doivent aussi être sanctionnés. Nous pensons qu'un fonds
spécial devrait être mis en place pour les équipages
et la destruction impérative des navires. Ce fonds devrait être
financé en majorité par les armateurs et utilisable entre
autre pour les besoins urgents et les inévitables rapatriements.
En souhaitant avoir répondu au mieux à vos questions nous
vous prions de croire à notre détermination à faire
de la sécurité maritime une priorité pour la Région.
Marie-Eve Calvès et Hubert Casel
Respectivement candidat(e)s sur Brest-centre et Brest-rural (2ème
et 3ème circonscription du Finistère)
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