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Cabotage

Depuis près de quatre siècles la puissance maritime de l'Europe décline tandis que celle de la France régresse fortement alors que la grande majorité des flux mondiaux de marchandises passe dans les eaux européennes. La dimension maritime n'a pas été un élément fédérateur retenu dans la constitution de la CEE tandis que la France négligeait progressivement ses façades maritimes.
Les régions maritimes européennes ont su trouver les ressources nécessaires pour constituer l'Arc Atlantique dont la cohérence a été reconnue par l'Union Européenne. Confronté à la croissance rapide du transport des marchandises par mer quelques ports européens ont acquis une dimension internationale mais la richesse portuaire de la façade maritime offre une potentialité à exploiter. La relative saturation des axes terrestres de la partie centrale de l'Europe et la souplesse du transport maritime offrent une chance de développement à ces régions qui doivent promouvoir le cabotage.
La Bretagne, par sa situation géographique et son histoire, a vocation à promouvoir ce type de transport économique et écologique. La DCN de Lorient alliée à la société Technicatome ont ainsi conçu un caboteur fluvio-maritime intelligent et modulable.

La dimension polycentrique de l'Europe

L'Europe s'est construite autour de la gestion commune du sol et du sous-sol. Avec la politique du charbon et de l'acier (CECA) et la Politique Agricole Commune (PAC), les fondateurs de l'Europe ont uni ce qui fondait la puissance de ce continent : l'industrie et l'agriculture. Par le développement des échanges intra-européens articulés autour de l'épine dorsale européenne (la "Banane Bleue") l'Europe a connu une croissance économique forte. La poursuite d'un mouvement de concentration dans la partie centrale de l'Union Européenne, si elle se poursuivait, entraînerait de fortes distorsions entre les régions.

La répartition du peuplement dans l'Union Européenne nous montre qu'en dehors de la partie centrale du continent, ce sont les régions maritimes qui sont les foyers suffisamment denses de population pour fonder une stratégie de développement harmonieuse. C'est pourtant cette partie de l'Europe qui a régressé dans sa contribution à l'échange mondial.

A l'heure où l'accroissement du commerce mondial va se traduire par une augmentation presque deux fois plus importante du trafic maritime exprimé en tonnes transportées par mille parcouru, il est temps de réhabiliter les périphéries. Dans une perspective de développement durable, de répartition optimale des ressources disponibles et de désengorgement des voies terrestres, il est impératif de basculer une partie interne des flux sur le support maritime. Nous pouvons constater qu'aucun traité européen n'a inclus l'Europe de la Mer, il s'agit donc maintenant d'encourager une Europe maritime.

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La politique française menée depuis des années montre le niveau d'indigence de la réflexion face aux enjeux liés à la maîtrise du transport maritime. Le rapport Hamon-Dubois (avril 2000) fait le point sur l'état actuel de la marine marchande française et son intitulé est clair : "La flotte de commerce française est en voie de disparition". En 34 ans ) la flotte française a perdu 73,5% de ses navires (transporteurs de marchandises et de passagers de plus de 100 tonneaux de jauge brut ou 100 VMS exploités au long cours ou au cabotage) tandis que le nombre de marins de commerce a chuté de 81,4%. Du 5ème rang mondial en tonnage, la France occupe actuellement le 28ème rang alors que la flotte mondiale n'a cessé d'augmenter tant en nombre de navires qu'en tonnage. Le rapport note ainsi que "l'histoire et la géographie de notre pays expliquent notre faible tropisme national pour la marine de commerce". De même il souligne que les gouvernements n'y prêtent qu'une attention secondaire compte tenu de la modestie de l''armement maritime, de la faiblesse des effectifs salariés dans ce secteur, de son faible impact économique, de son retentissement médiatique et politique bien moindre que d'autres secteurs industriels ou de transport. La France, n'a mené qu'une politique de soutien minimal en se limitant à gérer le déclin pour qu'il reste socialement acceptable.

La naissance de l'arc Atlantique et l'affirmation de la maritimité

Les régions périphériques de l'Europe ne s'organisent pas comme celles du centre, elles se regroupent pour défendre des intérêts communs au sein de l'Union Européenne. L'Arc Atlantique voit le jour à la fin des années 80 et compte 30 régions actuellement, il couvre un territoire reconnu en tant qu'espace de référence cohérent par la Commission Européenne et peut bénéficier de fonds européens (INTERREG). Le mémorandum "Une stratégie pour l'Arc Atlantique" (1995) tout en listant les handicaps des régions de la façade atlantique tirait un bilan positif.

Le transport maritime est sous-employé, en particulier le cabotage. Les ports sont de dimension régionale, ont un rayon d'influence réduit et sont faiblement interconnectés. Le manque de plates-formes intermodales et leur mauvais raccordement au réseau routier et ferroviaire diminue les possibilités du transport multimodal. Ce système d'acheminement est une priorité dans le développement de l'Arc Atlantique tout en offrant une alternative à la saturation du Centre de l'Europe.

La mer est le point commun de toutes les régions de l'Arc Atlantique : la façade atlantique compte 190 ports représentant 36,3% du tonnage européen. Sur la partie française de la façade, 30 ports offrent une ouverture sur tous les continents et sont susceptibles de recevoir tous les types de trafic roulier, vrac, énergétique et conteneurs. Bien que le transport par voie maritime soit 30 fois moins cher que le transport terrestre, les régions atlantiques échangent relativement peu entre elles. L'importance du cabotage n'est reconnu qu'en 1995 par la CEE mais l'activité portuaire est toujours une préoccupation majeure de l'Arc Atlantique comme l'a montré le Colloque de Lorient (mars 2000). Alors que le projet ARCANTEL a réalisé la connexion informatique des ports, un nouveau projet d'INTERREG IIc est consacré au réseau logistique des ports de la façade, les autres projets sont des études stratégiques sur le transport intermodal. Celui-ci doit permettre de mieux intégrer les ports à leur ville afin qu'ils occupent la place qu'il leur revient. Les populations atlantiques ont une histoire qui les enrichit d'un patrimoine dispersé le long de la façade : l'emprise des Plantagenêt du XIIème siècle représentait les deux tiers de l'actuel Arc Atlantique.

La société atlantique serait ainsi fondée sur des communautés de base, les pays. La façade compte ainsi de très nombreuses petites villes qui sont le niveau de base de l'armature urbaine. A côté de l'habitat dispersé caractéristique de la façade, il faut prendre en compte l'importance de la concentration de la population le long des fleuves, des rivages et des routes produisant ainsi des villes " rubans".

Nous pouvons ainsi constater que la façade atlantique ne se divise pas en une mosaïque de sites et de pays plus ou moins isolés les uns des autres puisque des pays se forment et que de nouvelles solidarités se construisent et s'organisent entre les espaces grâce au renforcement des réseaux entre les villes de la façade atlantique. La volonté de promouvoir et de développer le cabotage s'appuie sur des identités et des réalités existantes.

Arnaud HELL / 2001

 

Brest - élections législatives 2001 - Réponse des candidats TEAG au Collectif "Mor Glaz - mer bleue.

 

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