L'Avenir des retraites : Ne cédons pas au catastrophisme ! mars 2003
Il règne une étrange atmosphère
en ce qui concerne les projets de modifications des retraites. Un large
consensus s'est mis progressivement en place sous la conduite du MEDEF
qui a réussi à amener la majorité des syndicats,
partis politiques, médias, économistes, et les gouvernements
successifs à aborder le sujet uniquement sur les thèmes
qui lui sont chers; c'està dire: allongement des années
de cotisation pour tous, parfois déguisé en octroyant la
possibilité à ceux qui le désirent de continuer à
travailler après 60 ans pour améliorer leur retraite; baisse
programmée du niveau moyen des retraites; orientation d'une partie
de l'épargne vers la préparation à la retraite (dixit
M. MER) alors que les fonds de pensions ont perdus 20% de leur valeur
depuis 1999. Nous voyons même certains syndicats, jadis à
la pointe des revendications, faire campagne pour convaincre les salariés
dans la fonction publique du bien fondé du passage de 37,5 à
40 ans de cotisation.
L'alibi démographique
Bien sûr, en 40 ans, le nombre de retraités
doublera mais l'effet baby boom cessera à partir de 2036 et le
nombre de retraités diminuera alors. Au lieu des 100 à 110
000 actuels, la France aura 250 000 nouveaux retraités par
an à partir de 2020, s'époumone le MEDEF. Et alors! Doit
on rappeler qu'en 2000, sont nés 779 000 bébés en
France et que ces enfants entreront progressivement dans "le monde
du travail" à partir de 2020. Par contre pendant cette période
le produit intérieur brut passera de 1500 milliards à 2800
milliards d'euros et il suffirait de rétablir la part de masse
salariale dans la valeur ajoutée (celle-ci a baissé de 10
points en 25 ans) pour permettre de dégager 145 milliards d'euros
en faveurs des retraites. Le problème est celui de la répartition
de la richesse et des gains de productivité. Le MEDEF quant à
lui souhaite encore augmenter sa part au détriment des salaires
afin de servir plus de profits aux actionnaires.
L'allongement des années de cotisation
Comment peut-on soutenir cette orientation quand il y a 5,5 millions
de chômeurs et de travailleurs à temps partiel subi? Qui
aujourd'hui décide des départs en retraite avant l'âge
prévu, sinon les patrons. Le taux d'activité des 55-60 ans
est de 60% pour les hommes et de 49% pour les femmes: nous avons même
vu, il n'y a pas si longtemps, l'état mettre la main au porte-monnaie
pour appuyer des départs en pré-retraite dans l'industrie
automobile afin d'améliorer la pyramide des âges. Le plein
emploi permettrait d'alimenter les caisses de retraite de la sécurité
sociale d'au moins 7 milliards d'euros. Bon nombre de jeunes commencent
leur vie professionnelle à 25 ans. Si les propositions du MEDEF
étaient appliquées, soit 45 ans de cotisations, les départs
en retraites se feraient à 70 ans. De l'hérésie pure
quand on sait combien le stress au travail s'intensifie de plus en plus.
Ce sont des grabataires que le MEDEF veut envoyer en retraite. D'autres
gisements concernant les cotisations existent. Il s'agit par exemple des
200 000 détenteurs de stock options ou de possesseurs de fonds
d'épargne dite "salariale"; cette rémunération
versée par les entreprises échappe aux cotisations sociales.
Certains diront que l'augmentation du nombre de retraités fera
progresser la part des retraites dans le PIB de 12,6% à 20%...
et alors! Entre 1950 et 1995 elle avait augmenté du même
taux, notre système de répartition l'avait bien assimilé.
Dès l'instant où on ne se place pas sur le terrain du MEDEF
et du gouvernement il devient évident que le départ à
la retraite à 60 ans est tout à fait réalisable après
37,5 ans de cotisations pour tous et que son calcul peut se faire sur
les 10 meilleures années. Quant à l'indexation des retraites,
elle doit se faire sur les salaires, pas sur les prix et avec un taux
de remplacement de 75% du salaire de référence.