La tarification sociale pour les transports régionaux
Depuis près de deux ans, les élus TEAG
demandent, au sein du Conseil Régional, la gratuité des
transports ferroviaires régionaux pour les chômeurs et précaires.
La droite majoritaire au sein de cette assemblée a, dans un premier
temps, confié l'étude à un groupe de travail "Transports
par Fer" pour ensuite, après dissolution de ce dernier,
transmettre l'examen de la "Tarification sociale" à
la Commission n°4 dite de "l'Aménagement du Territoire,
des infrastructures de communication, des Transports, de la coopération
interrégionale et des affaires européennes", commission
que préside Ambroise Guellec. Devant la complexité de la
question et de la problématique à résoudre, le Conseil
Régional a décidé de recourir à un cabinet
d'audit parisien "MTI Conseil" habitué à
réaliser ce type d'études pour la SNCF.
rappel de la problématique
C'est à la suite d'une demande exprimée
par les associations de chômeurs et les personnes en situation précaire
pour se déplacer gratuitement sur le réseau TER que la société
d'audit a été sollicitée.
Elle a ainsi souhaité connaître les caractéristiques,
les modalités et les enjeux d'une tarification valable sur le réseau
régional (ferré et routier) pour faciliter la mobilité
des allocataires dans le prolongement des systèmes d'aide mis en
place par la Région. Les populations concernées par l'enquête
sont principalement les demandeurs d'emploi inscrits à l'ANPE,
les personnes dont les ressources sont inférieures à 80%
du SMIC et les personnes salariées à temps partiel alliant
la faiblesse de revenu à la précarité de l'emploi.
le système d'identification peut d'ailleurs se croiser dans la
mesure où 65% des personnes percevant des minima sociaux sont inscrites
à l'ANPE. L'étude a également porté sur un
élargissement de la tarification étendu aux autres membres
du foyer (les ayants droit) sachant que le nombre de bénéficiaires
et de déplacements doublerait (1 déplacement = 1 aller/retour).
les enseignements à tirer
à l'issue de cette consultation
La réflexion sur la tarification sociale répond
à une demande des associations de chômeurs formulée
en 1998. Depuis, le marché de l'emploi s'est amélioré
en France mais un peu moins en Bretagne tandis que les situations précaires
augmentent. Les tarifications sociales à l'uvre pour les
réseaux urbains tendent à cibler les demandeurs d'emploi
et les allocataires de minima sociaux élargis aux ayants droit.
Certains départements ne prennent en compte que l'allocataire seul.
Les périmètres d'application sont actuellement limités
aux lignes conventionnelles mais nous pouvons noter une forte demande
des départements d'intégrer le réseau ferroviaire.
L'étude suggère en outre la généralisation
du principe carte+titre de transport pour éviter l'hétérogénéité
des formules tarifaires.
En Bretagne, la logique du prix forfaitaire s'applique pour tous les réseaux
départementaux tandis que le choix de la gratuité l'emporte
sur de nombreux réseaux urbains.
Au cours de cette enquête il est apparu que bon nombre d'allocataires
ont refusé la gratuité considérant cette mesure comme
discriminante : le fait d'être dispensé de tout paiement
alors que la prestation a un coût est vécu comme une exclusion
de la citoyenneté. Les allocataires souhaitent également
que la carte ne soit pas un moyen de stigmatiser leur situation. Un tel
document pourrait revêtir une présentation uniforme, seul
l'intérieur de celui-ci recelant les mentions donnant accès
aux réductions.
L'étude suggère que toute opération entreprise ait
une période de validité de six mois renouvelable sans restriction
de motifs et que l'acteur retenu pour l'identification et la mise à
jour des bénéficiaires soit le CCAS. Nous pouvons souligner
que les enjeux financiers pour les réseaux départementaux
sont limités par leur niveau de fréquentation modeste.
A l'issue de cette étude la société
MTI Conseil propose quatre options de mise en uvre :
acceptation de cartes départementales sur le réseau
ferroviaire selon les principes de réduction à définir
et participation financière possible des conseils généraux.
acceptation des cartes départementales, mais harmonisation
des critères d'élection et d'image.
principes de réduction à définir. Prélude
à une réflexion plus globale pour la création
d'une communauté tarifaire régionale.
créer une tarification régionale ad hoc qui reprend
les modalités d'obtention des départements mais qui
vient se superposer aux systèmes en place
créer une tarification régionale ad hoc qui s'abstrait
des tarifications existantes.
La majorité du Conseil Régional va, à
l'issue de ce rapport d'audit, soumettre ses propositions à l'Assemblée
Régionale sous la forme d'une mesure de tarification sociale. Les
élus TEAG ne manqueront pas d'apporter les amendements nécessaires
pour donner la faculté aux chômeurs et précaires de
se déplacer gratuitement sur le réseau TER breton. (novembre
2000).
Lors de l'examen du Budget Primitif régional en
janvier 2001, les élus régionaux de TEAG ont une fois de
plus fait une intervention sur cette question de la Tarification Sociale
et se sont adressés à Josselin de Rohan, Président
du Conseil Régional de Bretagne, en ces termes :
Le parcours que vous faites suivre au dossier "Tarification
Sociale" ne manque pas de nous étonner et de provoquer
notre vif mécontentement.
Vous avez accepté d'engager une étude. Vous l'avez confiée
à MTI Conseil. Cette étude a fait l'objet d'une présentation
et d'un débat au cours duquel plusieurs compléments et remarques
ont été formulés. En novembre 2000, dans votre rédaction
des orientations budgétaires pour le budget 2001, vous faisiez
les observations laconiques suivantes : "La tarification sociale
: il convient dans cette démarche que quelques préalables
soient levés. En effet, l'étude commandée par la
Région fait apparaître que les enjeux financiers correspondants
sont très importants en comparaison de la dotation de fonctionnement
qui devrait nous être versée par l'Etat en 2002. Les présidents
de conseils régionaux ont demandé à l'Etat de mettre
en place une coordination nationale des tarifications sociales et de compenser
leur coût. La réponse de l'Etat n'est pas connue à
ce jour".
Par ailleurs, dans le même document des orientations budgétaires,
vous assuriez que l'un des principaux enjeux du Schéma Régional
de Transport Collectif doit être la facilité d'accès
du plus grand nombre au transport collectif.
Dans la rédaction du budget primitif 2001, vous ne nommez nulle
part le dossier "Tarification Sociale". Les mots mêmes
ne sont pas utilisés. Il faut décrypter votre silence et
lire entre les lignes pour essayer de décoder votre position. A
la page III/42, vous citez le texte de la loi "Solidarité
et renouvellement urbain" SRU récemment votée selon
laquelle "la Région, autorité organisatrice de transports
collectifs d'intérêt régional, décide, sur
l'ensemble de son ressort territorial, le contenu du service public de
transport régional de voyageurs et notamment les dessertes, la
tarification etc "
Cela signifie, selon nous, que vous avez toute capacité à
mettre en uvre une Tarification sociale. Vous dites aussi qu'en
2001, des éléments, concernant par exemple les agrégats
financiers du compte TER "devront être consolidés
et permettront de négocier avec l'Etat les trois dotations qui
nous sont attribuées au titre notamment des tarifs sociaux (abonnements
de travail et scolaires, tarifs militaires, familles nombreuses etc )."
Et vous concluez votre page sur l'évolution des compétences
régionales relatives au TER en disant que "le travail préparatoire
très dense à mener avec la SNCF en 2001 nous incite à
être prudents et à ne prendre aucune décision financière
lourde tant que les montants de la dotation de l'Etat ne seront pas connus."
Concernant la Tarification sociale, l'audit de MTI conseil
a conclu à plusieurs scénarios possibles et à des
coûts divers, tandis que vous insinuez sans qu'aucun débat
complémentaire et approfondi n'ait été tenu ici ni
en commission, que la "Tarification Sociale" sera une
opération lourde.
Nous ne sommes pas d'accord avec cette vision des choses et pour faire
avancer notre point de vue qui est aussi celui des chômeurs et des
précaires, nous demandons par un amendement qu'un sous-programme
budgétaire consacré uniquement à la "Tarification
Sociale" soit ouvert dans le programme 1013 "Transports
régionaux de voyageurs et transports ferroviaires" et
figure dans la mise à jour de la nomenclature fonctionnelle régionale.
Ce sera déjà un élément de départ,
une ouverture et un signe fort vers celles et ceux qui attendent toujours
que la Région se prononce sur ce dossier.