Lettre de Arnaud Hell à Andrew Lincoln - 14
novembre 2001
Votre
lettre adressée le 7 novembre 2001 aux conseillers régionaux
de Bretagne constate
"le Conseil d'Etat a suspendu par une procédure d'urgence
les textes concernant le passage sous statut public des écoles
Diwan en émettant un doute sur leur légalité au
regard de l'article 2 de la Constitution et de certains articles de
la loi Toubon."
Vous
affirmez :
"Diwan défendra donc l'immersion devant le Conseil
d'Etat, le jugement sur le fond n'ayant pas encore été
rendu" suggérant que le Conseil d'Etat remet en
cause l'immersion.
Vous
citez le juge des référés :
"Considérant que la scolarité d'un nombre
non négligeable d'élèves serait gravement perturbée
par la mise en uvre des méthodes d'enseignement susceptibles
d'être ensuite abandonnées."
Vous
estimez que le Conseil d'Etat aurait dû tenir compte du fait
que ces méthodes d'enseignement existent depuis bientôt
25 ans.
Tous
Ensemble À Gauche réaffirme clairement sa conviction
les
enfants baignant massivement dans un environnement francophone, la
pédagogie par immersion ne menace pas la langue française.
il s'agit, loin de tout à-priori idéologique, de lui
donner une définition légale offrant une base au processus
d'intégration de Diwan et des autres écoles régionales
ce
qui menace la cohésion sociale et les valeurs de la République,
c'est le développement des inégalités, véritable
la mise à l'écart, dont l'échec scolaire est
l'une des manifestations.
L'attitude
de cette institution est pourtant conforme car elle doit dire le droit
à un moment donné et non se prononcer sur des faits.
Je
suis surpris des jugements de valeur portés sur les associations
et organisations syndicales laïques qui ont effectué la
requête auprès du Conseil d'Etat.
- je cite "conception archaïque... qui témoigne
d'un mépris des attentes d'un nombre toujours croissant de parents
nous sommes attaqués par des prises de positions idéologiques
refusant une méthode pédagogique visant au bilinguisme
équilibré des élèves."
Travestir
la réalité et la simplifier d'une manière manichéenne
ne concourt pas à engager un débat clair, transparent,
objectif entre tous les acteurs souhaitant l'intégration de Diwan
dans le service public d'éducation sans renoncer à la
pédagogie par immersion. Calmons le jeu et prenons la peine de
lire les requêtes des uns, les mémoires de défense
des autres, les arrêtés et les circulaires et de prendre
connaissance des considérants sur lesquels s'appuie le Conseil
d'Etat pour suspendre l'intégration de Diwan.
De
ce point de vue, force est de constater que la rédaction même
des textes incriminés ouvrait une large porte aux recours juridictionnels.
La fameuse circulaire mettant en oeuvre l'enseignement par immersion
comporte des passages surprenants sujets à une interprétation
restrictive:
"L'enseignement
bilingue dispensé selon la méthode dite de l'immersion
se caractérise par l'utilisation de la langue régionale
comme langue véhiculaire pour les autres apprentissages et enseignements
ainsi que pour la vie scolaire... A l'école maternelle, phase
la plus intensive d'acquisition de la langue régionale, l'ensemble
des activités scolaires et leur accompagnement s'effectuent en
intégralité dans cette langue... Au niveau pédagogique
et éducatif, la langue principale, non exclusive du français,
de communication de l'établissement est la langue régionale
qui est donc utilisée lors des différents moments pédagogiques
ou éducatifs de la vie scolaire (réunion de classe, formation
des délégués élèves, conseils de
classe, conseils d'établissement, conseil de discipline...)".
Une
telle circulaire est inapplicable et n'est d'ailleurs pas appliquée
à la lettre aujourd'hui au sein de Diwan!
Toute association, organisation syndicale est dans son droit de saisir
le Conseil d'Etat pour demander le respect de la loi et la conformité
des circulaires et des arrêtés avec celle-ci.
Un des considérants principaux, à mon sens, sur lesquel
s'appuie le Conseil d'Etat pour suspendre l'exécution de l'intégration
:
"Considérant
que ces actes sont contestés en tant qu'ils organisent dans des
établissements publics d'enseignement un enseignement des langues
régionales et en particulier du breton, selon la méthode
dite de l'immersion, laquelle comporte l'usage à titre principal
de la langue régionale comme langue de l'enseignement, comme
langue de travail des élèves et du personnel et comme
langue de vie scolaire".
Nous
pouvons ainsi constater que ce n'est pas le principe de l'immersion
qui est en cause mais un arrêté et une circulaire
d'application dont l'interprétation de l'une des dispositions
pourrait conduire à ne plus parler le français dans
les écoles Diwan.
Nous ne pouvons que regretter cette suspension d'autant plus que la
disposition incriminée résulte d'une modification unilatérale
des textes alors qu'un accord avait été obtenu entre
le Ministre et les principaux acteurs du monde éducatif dont
le SNES.
Il
découle ainsi logiquement qu'une décision pouvant annuler
l'intégration "remettra en cause des méthodes
d'enseignement susceptibles en effet d'être abandonnées
par la suite".
Nous
pouvons nous interroger également sur le non-respect des procédures
légales notamment l'application de l'article L.761.1 du code
de justice administrative.
A qui incombe la faute, sinon à ceux qui n'ont pas respecté
les textes administratifs et les règles de procédure comme
par exemple la consultation du Conseil Supérieur de l'Education
alors que le ministre de l'Education Nationale est un professeur de
droit public entouré d'éminents juristes ?
Le
tort doit-il être rejeté sur ceux qui demandent le respect
du droit ?
La question consiste à savoir à qui profite cette erreur
sur le plan électoral. Le double jeu du ministre est patent :
comment peut-il promulguer des textes juridiquement fragiles ? Donne-t-il
les moyens budgétaires pour répondre à une demande
sociale forte ? L' effort en faveur du bilinguisme est insuffisant à
tous les niveaux. Les projecteurs braqués sur Diwan ne sont qu'une
diversion : toutes les filières bilingues doivent être
dotées de moyens conséquents.
Demander
de modifier l'article 2 de la Constitution c'est courir le risque d'attendre
plus de deux ans, avec tout le processus bilingue bloqué. Une
telle initiative est souhaitée par tous ceux qui craignent le
développement des langues régionales !
Pour
T.E.A.G, il faut reprendre les textes incriminés et les réécrire
afin de rendre l'enseignement par immersion légal. Les textes
doivent être inattaquables.
Nous
pouvons nous inspirer de la Corse. En effet, le Sénat a rejeté
le 7 novembre dernier certains points du projet sur la Corse. Jose Rossi,
député DL Corse, l'un des principaux artisans des accords,
après avoir considéré que le projet de loi était
"dans les clous de la Constitution", émet maintenant
des doutes et se dit prêt à remettre l'article 1er aux
normes constitutionnelles. L'important dit-il est de sauver la réforme.
Dans notre cas, l'important n'est-il pas de réussir l'intégration
de Diwan dans le service public en préservant la pédagogie
par immersion ?