La machine à voter : un outil pour davantage
de démocratie ?
Après le premier tour des élections cantonales
et régionales de mars 2004 à Brest.
Admettons
que la machine à voter, après une période de rodage,
puisse nous donner les résultats électoraux 45 minutes plus
tôt (quelle importance ?) et nous économiser un peu de papier.
Admettons qu'il nous faille accepter que plus aucune parcelle de notre
société humaine n'échappe à l'informatisation,
parce que le contraire serait de la ringardise. Même si le dépouillement
des votes, manuel et collectif, nous paraissait un de nos rares moments
de vie citoyenne. Admettons.
Mais qu'on ne vienne pas nous dire que la première journée
à Brest de la machine à voter s'est superbement déroulée
!
Non, dans mon bureau de vote, la journée n'a pas été
radieuse, ni pour les votants, ni pour les assesseurs. Certes les électeurs
se sont montrés patients et de bonne volonté. Ce qui n'a
pas empêché d'ailleurs certains d'entre eux de grommeler
en sortant qu'on ne les reverrait certainement pas le dimanche suivant
! Mais il n'y a pas eu esclandre. Or nos élus se sont habitués
à surfer, de courbette en courbette, sur leur réservoir
de voix, au lieu de s'intéresser à ce que les gens expriment
. Et pour eux, pas de vague, cela signifie : tout va très bien
et on est les meilleurs !
Pourtant ... Journée du 21 mars dans un bureau de la rive droite...
des files interminables de 8 heures à 17 heures : trois quarts
d'heure d'attente sur la moitié de l'horaire, un quart d'heure
minimum aux heures "creuses";
une atmosphère tendue et fort peu conviviale: inquiétude
de beaucoup avant le vote (est-ce que je vais savoir faire?) : assesseurs
obsédés par la seconde à ne pas perdre, la manip'
à ne pas rater, exerçant un travail à la chaîne
qui leur interdit d'échanger trois mots de trop avec les votants
;
des listes parfaitement illisibles, même dans leurs grandes
lignes, dans une situation où il n'est guère question
de se mettre à les éplucher avec la loupe qui vous est
proposée!
des votes non pris en compte par la machine, pour des raisons que
personne ne s'explique et n'a d'ailleurs le temps d'essayer de comprendre;
Des personnes perdues, honteuses de mal se débrouiller sous
le regard de tous, faisant éventuellement n'importe quoi pour
en finir et ne pas retarder davantage ceux qui les suivent.
La machine à voter pose le problème de personnes trop âgées
pour se formater à un processus nouveau pour elles, utilisé
d'ailleurs trop sporadiquement pour qu'elles s'y habituent jamais. Mais
ce n'est pas le plus gênant..Elle étale surtout au grand
jour les inégalités dans l'exercice du droit de vote. Auparavant
les personnes peu sûres d'elles préparaient leur enveloppe
dans l'intimité de leur domicile. Ou bien s'attardaient dans l'isoloir
le temps qui leur était nécessaire, tandis que d'autres,
plus expéditifs, pouvaient sans attendre déposer leur bulletin
dans l'urne. Dans le fonctionnement traditionnel, tous ceux -assez nombreux,
on l'a bien constaté dimanche - qui seraient arrivés sans
savoir qu'il y avait deux élections, l'une concernant des personnes,
l'autre des listes, auraient découvert la procédure dès
l'entrée en récupérant les bulletins, l'auraient
assimilée (ou non) le temps du passage à l'isoloir, pour
finir par réaliser en public un geste en tout point similaire à
celui de tous les citoyens, déposer une enveloppe anonyme dans
une urne.
La machine à voter : un outil pour davantage de démocratie
... ou pas ? C'est pour moi la seule question qui vaille. Mais sans doute
pas celle qui intéresse le plus nos élus, plus prompts à
se lancer dans les innovations technologiques que dans la concertation
avec leurs administrés.