Projet de transformation pour les régions
: économique, sociale, culturelle et politique
Le "processus de Matignon" sur l'avenir de la Corse,
la démission de Chevènement du gouvernement, mais également
les travaux de la Commission Mauroy ont réouvert avec une nouvelle
acuité le débat public sur la question régionale
et la décentralisation.
Ces questions resurgissent dans un contexte économique,
idéologique et institutionnel profondément bouleversé
par rapport à celui des années 70, au moment où a
émergé la première vague de revendications "régionalistes"
: mondialisation de l'économie, remise en cause libérale
de l'Etat, montée en puissance de la dimension européenne,
perte des repères
Prenant toute sa part dans le combat politique à
la gauche de la Gauche en Bretagne, Tous Ensemble À
Gauche entend sur ce sujet faire valoir les valeurs et les idéaux
qui fondent son action politique depuis les élections régionales
de 1998.
En tout premier lieu, Tous Ensemble ÀGauche affirme son attachement au principe du droit des peuples
à l'autodétermination ; droit à l'autodétermination
qui suppose le débat pluraliste et la consultation démocratique
des populations concernées. Cela concerne le choix que pourrait
faire la population d'une région de quitter le cadre de l'Etat-Nation
ou d'y rester ; cela concerne également le contenu de ce que pourrait
être une décentralisation "à la carte"
ou les possibles modifications territoriales des régions : par
exemple, c'est à la population de la Loire Atlantique de décider
à quelle région elle veut que ce département soit
rattaché. Ceci dit, en ce qui le concerne, Tous Ensemble
À Gauche ne situe pas son action dans la perspective
de l'indépendance de la Bretagne.
La construction de la France n'a pas été
un long fleuve tranquille
De la croisade des Albigeois, sous Saint-Louis, aux derniers
soubresauts du colonialisme français en cette fin de 20ème
siècle, la construction de "l'espace français"
s'est largement faite dans la violence, par le biais d'alliances politiques
ou matrimoniales imposées par les rapports de force sous l'Ancien
Régime, par des marchandages financiers ou territoriaux (achat
de la Corse aux Génois à la fin du 18ème siècle
; acquisition de la Savoie sous Napoléon III). Les peuples ont
rarement eu la possibilité d'exprimer leur choix et une répression
féroce a le plus souvent constitué l'unique réponse
du pouvoir central à leur revendications (Révolte des Bonnets
Rouges en Bretagne, révolte des Camisards dans le Languedoc ).
Il faut en finir avec une certaine "mythologie
républicaine" qui voudrait que les peuples de l'Hexagone
se soient fondus spontanément et librement au sein de la Nation
française ; une mythologie qui repose, certes, sur la réalité
de l'enthousiasme des premières années de la Révolution
de 1789 (Valmy, Nuit du 4 Août et abolition des privilèges),
mais on ne doit pas oublier qu'il s'agissait surtout, pour la bourgeoisie
française triomphante, d'assurer l'unicité d'un "marché"
à la dimension de ses ambitions (la Révolution de 1789 a
aussi aboli, et pour près d'un siècle, le droit d'organisation
des ouvriers !).
La Bretagne n'est pas une colonie,
la Corse non plus
Une situation coloniale suppose que l'essentiel de l'économie
soit entre les mains du colonisateur, que la population "autochtone"
soit privée de ses droits démocratiques les plus élémentaires.
C'est une situation, en particulier sur le plan économique et aussi
politique, dont on retrouve encore des traits essentiels dans les DOM-TOM,
reliquats d'un empire colonial français qui s'est effondré
dans les années 50-60 sous la poussée des luttes de libération
nationale. Sans méconnaître les revendications non satisfaites
dans les domaines linguistiques, culturels, institutionnels ou dans le
domaine du développement, les Bretons, les Basques, les Corses,
etc jouissent aujourd'hui des mêmes droits que l'ensemble
des citoyens français.
A l'échelle planétaire, même si
elles souffrent d'une situation périphérique, de retards
de développement ou d'investissements, de difficultés sociales,
les régions françaises appartiennent au premier cercle du
monde capitaliste. Ce monde n'est pas le nôtre.
Une décentralisation qui est restée
au milieu du gué
Longtemps ancrée dans une tradition ultra-centralisatrice et jacobine,
la France a engagé une politique de modernisation de ses institutions
au début des années 1980. Au-delà de l'affirmation
du principe de libre administration des collectivités locales et
de l'instauration de la Région comme collectivité pleine
et entière, la décentralisation portée par Gaston
Deferre s'analyse surtout comme une "départementalisation
renforcée".
Elle a abouti à un empilement des niveaux institutionnels,
au renforcement du présidentialisme des institutions : maire, président
de Conseil Général, de Conseil Régional, de la République.
Cet empilement et ce présidentialisme ont encore été
accrus par les lois plus récentes d'aménagement du territoire
(communautés de communes, d'agglomération, pays) au détriment
d'une véritable redistribution des pouvoirs vers les citoyens et
les organisations qu'ils se donnent.
A ce titre, on observe une véritable supercherie
quant à l'élection des présidents des communautés
de communes ou d'agglomérations. Certains maires ne sont plus "tête
de liste" aux élections municipales mais aspirent à
être élus par leurs pairs à la présidence de
ces instances. Or ces élections ne se font pas selon les principes
du suffrage universel et ne sont, de plus, pas soumises à la loi
sur la parité, ce qui constitue une double aberration dans le processus
électoral.
Qui plus est, on assiste aujourd'hui à une
tendance à une recentralisation rampante, tant de la part de l'Etat
que de l'Europe, en particulier au moyen de la fiscalité (suppression
de la part régionale de la taxe d'habitation, suppression de la
vignette auto).
Le régionalismeà
l'épreuve de l'offensive libérale
Le pilonnage économique, idéologique et
politique mené depuis 20 ans par les tenants d'un libéralisme
débridé, la marchandisation du monde, la déréglementation
généralisée attaquent très sérieusement
les bases de nos sociétés, les solidarités collectives
: casse des services publics, mise en cause de l'action publique et des
structures étatiques. Cela induit des tendances à des replis
identitaires, souverainisme ou expression d'un nationalisme régional
qui constituent de mauvaises réponses à l'offensive libérale.
Pas plus que la défense de structures étatiques anciennes,
la mythification de micro-nations idéalisées n'ouvre de
perspectives de transformation réelle.
Imposer une véritable transformation de l'économie,
lutter pour l'exercice d'une réelle démocratie participative,
faire vivre des solidarités sociales concrètes entre les
peuples, les régions, les Etats : c'est la seule voie pour que
la revendication régionale ne soit pas dévoyée par
un libéralisme qui veut balayer tous les obstacles qui se dressent
sur sa route.