Débat sur l'agriculture en Bretagne
contribution parue en juillet 2001 dans le
Télégramme
Les impasses du modèle actuel de développement
agricole sont de plus en plus manifestes. Depuis dix ans les citoyens
et les consommateurs ont pris conscience des excès et des dangers
de la chimie en agriculture. Les réglementations et les orientations
réglementaires montrent que le gouvernement et les collectivités
territoriales prennent lentement conscience que la politique agricole
orientée vers les marchés et soumise à l'agro-business
doit faire place à un modèle agricole respectueux de l'environnement,
de la santé des consommateurs et préservant les emplois.
Il s'agit de prendre un virage radical qui consiste à satisfaire
des besoins en répondant aux attentes des citoyens : une production
saine, des paysages entretenus et une agriculture riche en emplois.
Lors de sa réunion plénière du 2
juillet 2001, le Conseil Régional de Bretagne soumettait aux conseillers
une contribution à l'élaboration d'un plan d'actions visant
à accompagner la "Charte de développement pérenne
de l'agriculture et de l'agroalimentaire incluant la reconquête
de la qualité de l'eau" signée le 14 mai 2001 en
présence du ministre de l'agriculture. Ce titre à rallonge
veut bien dire ce qu'il veut dire : les enjeux sont considérables
mais ne sont pas irréalisables si tous les acteurs responsables
de la recherche et de la réalisation des choix d'une nouvelle politique
agricole sont prêts à s'engager.
Le plan d'actions proposé par le Conseil Régional
de Bretagne a des ambitions honorables (démarches de certification
et de qualification, renforcement de l'agronomie, maîtrise de l'hygiène
sanitaire ) mais il a aussi ses lacunes notamment pour ce qui est
de la prise de conscience des conditions de travail dans l'industrie agroalimentaire
ou concernant le traitement des excédents d'origine animale.
Là-dessus le plan d'actions fait confiance à des investissements
industriels que les citoyens et les associations environnementalistes
ont largement dénoncés comme n'étant que des "usines
à gaz" parfois à fort degré de dangerosité
(Milizac). Il ne faut pas que le train des mesures louables et responsables
cache un train conduit par les tenants du modèle agricole productiviste.
Et c'est toujours en amont plus qu'en aval que le traitement des excédents
d'origine animale doit se faire afin que la Bretagne retrouve une qualité
de l'eau fortement mise à mal.
Chacun sait que le tournant nécessaire à
engager pour la reconversion de l'agriculture bretonne vers un modèle
de développement durable doit se faire ici et maintenant, afin
que la Bretagne continue à porter sans rougir le titre de "poumon
agricole" de la France. Cela demande un engagement citoyen de
tous les acteurs concernés.