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TEAG > Bretagne > agriculture

Quel avenir pour l'agriculture bretonne?

Le compromis survenu le 26 mars 1999 au sommet Européen de Berlin, sur la réforme de la Politique Agricole Commune laisse comme une impression de chantier inachevé, comme si les chefs d'Etats et de gouvernements de l'Europe étaient restés au milieu du gué.

Certes, l'accord conclu est sans doute "moins pire" que ce que l'on aurait pu craindre:

  • les prix garantis baisseront moins que proposé initialement
  • certaines mesures, sur le lait en particulier, sont différées dans le temps, les compensations, en termes d'aide directe aux producteurs, ont reçu un coup de pouce .
  • Pour autant, les tendances lourdes demeurent telles qu'elles figuraient dans les propositions du "paquet Santer" (du nom de l'ex-président aujourd'hui démissionnaire pour cause de gestion olé-olé !)
la P.A.C. : une affaire ancienne

C'est au tout début des années 60 que la Politique Agricole Commune a vu le jour (à l'époque du CELIB, des grandes manifestations paysannes en Bretagne…) avec l'ambition d'assurer la sécurité alimentaire de l'Europe et de moderniser son agriculture au moyen d'une organisation du marché (intervention publique, prix garantis) et de la préférence communautaire.

Les ambitions des années 60 ont été atteintes à un prix chèrement payé :

  • élimination de nombreux petits paysans et exode rural ( absorbé par l'expansion industrielle et l'explosion des emplois d'O.S.)
  • développement d'une agriculture productiviste gourmande en capital et en intrants (engrais, pesticides, produits phytosanitaires)
  • surproductions agricoles coûteuses pour le contribuable
  • endettement de nombreux agriculteurs, saccage de l'environnement.
la fin du système européen

Ce modèle agricole, protégé de l' extérieur avec les conséquences perverses qu'il a engendrées, ne pouvait résister très longtemps à la pression libérale des années 1980-1990. Pour des raisons idéologiques évidentes (la notion d'organisation du marché est insupportable pour la pensée libérale !), d'autre part parce qu'il s'est avéré coûteux, absorbant à lui tout seul la plus grosse part du budget européen.

Une première réforme en 1992 visait à sortir du système des prix garantis au profit d'aides financières directes. Les critères pour l'attribution de ces aides (à la surface, à la tête de bétail ou au volume de production) ont profité aux gros producteurs. La réforme de 1992 n'a fait qu'accentuer les inégalités dans le monde agricole : 80% des aides sont accaparées par 20% des exploitations ;

40% des agriculteurs ont un revenu inférieur au SMIC et les aides directes les plus importantes dépassent largement le million de francs ! C'est la logique productiviste qui domine l'agriculture dans notre pays ( la prime au maïs-fourrage par rapport à celui, dérisoire, de la prime à l'herbe).


Malgré cela, les objectifs n'ont pas été tenus et c'est à un emballement du budget agricole européen qu'on assiste, un budget qui atteint aujourd'hui 260 milliards de francs. La nouvelle réforme discutée à Berlin le 25 mars dernier avait comme ambition de contenir l'évolution de ce budget. Mais derrière ce souci, une nouvelle baisse des prix garantis, non compensés par les aides directes, se dessine. C'est l'alignement progressif des prix agricoles européens sur les cours mondiaux et l'insertion de notre agriculture dans la mondialisation libérale, telle que le prévoient les règles de l'OMC.

quels enjeux pour la politique en Bretagne

  • L'agriculture, mais aussi l'agro-alimentaire et les activités liées, représentent une part importante de l'économie bretonne. L'agro-alimentaire emploie 25% des salariés de l' industrie de notre région (40% pour la seule Cornouaille). La réforme de la PAC peut avoir des conséquences fondamentales pour l'avenir de la Bretagne. C'est une question qui ne concerne pas les seuls agriculteurs mais l'ensemble de la population.
  • Quel type d'agriculture et d'agriculteurs voulons-nous pour le 21ème siècle ?
  • Devons-nous nous résoudre, comme le préconise Jacques Attali dans "Le Monde", à abandonner notre agriculture à la logique du marché mondial, au risque de voir nos campagnes se vider et se transformer en jungles ? La société est-elle prête à payer les produits agricoles au juste prix pour que les producteurs puissent vivre décemment de leur travail ? La part de l'activité agricole qui correspond à des missions d'intérêt public, d'entretien de l'environnement doi-elle être rémunérée par la collectivité ?
  • En un mot "qu'est-ce qu'on produit ? Pour qui on produit ? Comment on produit ?"
  • la réforme de la PAC n'est pas satisfaisante
  • les prix agricoles européens doivent être décrochés du marché mondial
  • le système des aides directes doit être revu pour une plus grande égalité
  • il faut une agriculture préservant l'emploi agricole, la qualité des produits et le respect de l'environnement.

JEAN-LOUIS GRIVEAU, Douarnenez, dans TEAG N°3 MAI 1999

 

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